Histoire et culture

Christian Lemasson et l’Histoire du Couteau de Laguiole

Il est l’homme qui brise la légende. Celle de ces Aveyronnais de l’Aubrac poussés par la disette, descendus comme scieurs de long en Espagne, et qui remontèrent avec, en poche un couteau fiché d’une lame yatagan. Une lame qui allaient faire la renommée des Laguiole à partir des années 1830. Exit, la jolie légende que les couteliers déclinèrent à grands coups de pupilles andalouses… En effet, l’ethnographe Christian Lemasson a découvert un couteau réalisé par des couteliers d’Espalion à la fin du XVIIe siècle. Soit deux cents ans plus tôt ! Sa forme est très proche du laguiole, il ne lui manque que le cran d’arrêt. Ce couteau fabriqué à Espalion faisait l’objet d’une contrebande entre les Provinces du Royaume sous le règne de Louis XIV pour le compte de couteliers stéphanois…

lemasson_yatagan

Autre légende pourfendue par Christian Lemasson : celle de la duplicité de ces couteliers de Thiers qui s’emparèrent de la production des laguioles. Dans les faits, les couteliers des deux villes travaillèrent main dans la main et Thiers assura la sous-traitance pour Laguiole quand la main d’œuvre vint à manquer au lendemain de la Guerre de 14.
Après huit ans d’enquêtes – à raison d’une semaine par mois- et des centaines d’interviews, Christian Lemasson publie donc une Histoire du Couteau de Laguiole qui fera date. «J’ai eu de la chance, explique-t-il, beaucoup m’ont ouvert leurs archives, peut-être parce que j’ai eu de nombreux aïeux couteliers.»
lemasson_livreDès les premières lignes de l’ouvrage, on sent que cette “Histoire” est écrite avec des tripes, du cœur et de l’intelligence. Cet homme de 59 ans à la bouille sincère, qui partage sa vie entre Thiers et Alpuech, a pas mal bouldingué : consultant pour l’industrie navale ou comme pompier dans le Var. Ces différents métiers ne l’ont jamais détourné de sa passion. «A l’âge de deux ans, je montais déjà en communion à Laguiole ou à Séverac » dit ce descendant de couteliers et de bougnats aveyronnais dont le livre recèle quelques accents  pagnolesques. Contrairement à ses aïeux, il n’en veut pas à sa grand-mère Ricard dont les parents tenaient le Café Les Trois Marches à Versailles d’avoir épousé son Normand de grand-père…

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