Politique

Nord-Sud Aveyron : contentieux et clivages

Une rivalité qui ne date pas d’hier.

« Il y a toujours eu des éléments centrifuges » , explique Jean Delmas, directeur des archives départementales. Ce spécialiste de l’histoire du Rouergue fait remonter l’origine de l’antagonisme Nord Sud en 1317 avec la création de l’évêché de Vabres dans le Sud-Aveyron qui vint « concurrencer » le diocèse de Rodez. Pour imaginer l’importance de la conflagration que cela pouvait représenter, c’est un peu comme si l’on décidait aujourd’hui de créer un nouveau département avec Millau comme préfecture…

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Jean Delmas cite également les caractéristiques socio-économiques des deux villes rivales. Rodez, juchée sur son oppidum est la ville des marchands, des couvents le siège de la Sénéchaussée. Millau, ville de rivière fut plutôt composée d’artisans à commencer par ses très nombreux mégissiers. Les guerres de Religion sauvages et sanglantes, et le choix des camps opposés, avec des Millavois plutôt réformés d’une part et des ruthénois papistes d’autre part, n’ont fait alors que renforcer le clivage.

Un phénomène qui se poursuit dans l’amicalisme

Quand, à la fin du XIXe et durant le XXe siècle, la terre rouergate n’a plus suffit à nourrir les trop nombreuses fratries, chacun a émigré alors de son côté. Au nord, on est monté vers Paris, au sud, on a plutôt filé vers le Languedoc et la Provence. Avec quelques traits singuliers. Dans nombre de villages, du Sud-Aveyron, où l’on a émigré plus tard, nombreux sont ceux qui ont choisi de devenir fonctionnaire ou agents de service publics dans les PTT, la SNCF ou les impôts.
Aujourd’hui les amicales elles-mêmes reprennent cette dichotomie. Paris a toujours été dominé par les amicales du Nord. Résultat : longtemps celles de Millau ou de Saint-Affrique ont manifesté une légère amertume face aux somptueux banquets richement dotés en lots par les alcooliers et les fournisseurs Richard et Tafanel. Reste que le fait que Gérard Paloc, président de la Fédération des Amicales Aveyronnaises, soit du Sud-Aveyron montre bien que la défiance n’est que de surface.

L’autre clivage nord-sud chez les politiques
Cette rivalité nord-sud se retrouve chez les hommes politiques. Les deux principaux élus du nord et sud, Jean Puech et Jacques Godfrain, se détestent cordialement. Moins pour ces raisons géographiques que pour des raisons liées aux brouilles et coup bas entre centristes de l’UDF et RPR.

Derrières les poignées de main et les sourires de rigueur s’échappent parfois des noms d’oiseaux. A la veille des législatives, nombreux sont ceux qui voyaient la main de Puech dans la candidature sur la circonscription de Jacques Godfrain du démissionnaire du RPR René Quatrefages.

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Jean Puech, président du Conseil général d’Aveyron

En revanche, le député et le sénateur se retrouvent pour vouer une haine farouche à ce produit sud-aveyronnais de la révolte des années 70 du Larzac, qu’est José Bové. Avec son démontage du Mc Do de Millau, ce chantre de l’anti-mondialisation a réussi à capter l’intérêt des médias internationaux et à donner un sérieux coup d’éclairage sur le Sud-Aveyron et Roquefort au grand embarras des institutionnels.

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José Bové assis à côté du chef de Laguiole Michel Bras lors d’un débat sur la malbouffe

Le bon sens aveyronnais n’épargne aucune de ces personnalités de ses griefs. A José Bové, bien des Rouergats pointent son mépris pour la loi républicaine. Mais beaucoup n‘épargnent pas non plus leurs élus qui prônent la réforme de l’Etat tout en pratiquant le cumul des mandats. Pas besoin d’avoir lu Montesquieu, pour comprendre, que ce cumul créée des réseaux d’obligés, des petits et grands féodaux. Pour beaucoup, il s’agit là d’anachronismes dans une démocratie moderne.

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