Agriculture

L’ensilage, enfant de la mécanisation et du productivisme.

Avec la mécanisation de l’agriculture héritée des trente glorieuses est apparu l’ensilage de l’herbe. Son processus de fermentation permet de conserver le fourrage à l’état humide à l’abri de l’air. Durant les années 70, l’ensilage est paré de toutes les vertus, promu par l’ingénieur agronomique, financé par le Crédit agricole et consort.

Il rend le paysan moins dépendant des caprices du ciel et donne un lait plus riche. Car plus besoin de courir pour rentrer les foins, même s’il pleut.  On peut le rentrer humide. On le tasse entre deux murs et on le recouvre d’une bâche de plastique. On le sort ensuite pour l’hiver et miracle, il est plus riche que ses pauvres foins séchés et qui coupent l’appétit aux vaches et aux brebis.

Riche, il est bon pour l’allaitement. Les éleveurs se ruent dessus.
A la confédération de Roquefort, après un test entre deux Roquefort, l’un produit à partir de lait résultat d’une alimentation au foin, l’autre à partir de l’ensilage, on avait opté pour ce dernier. Un bon ensilage c’est d’abord une bonne étanchéité.

“Le foin est peut-être plus pauvre que l’ensilage mais dix ans après sa coupe, le foin est le même. Même si le danger reste toujours le feu. Chaque année en Aveyron, il brûle une grange. Cette année le foin est bon mais peu abondant, il faudra acheter des compléments”, argumente pour sa part Jean-François Raynal, éleveur de brebis à Saint-Geniez de Bertrand.
Qu’une petite souris vienne à passer sa tête sous la bâche et c’est une grande partie du fourrage qui prendra la destination du tas de fumier.
Mais il en va de même avec un trou d’aiguille, sans parler du risque de listériose réel du fait de la fermentation.

L ’ensilage d’herbe génère également des effets indésirables comme ces rejets d’effluents nuisibles à l’environnement qui font hurler les pêcheurs.
Il impose aussi parfois l’usage de produits conservateurs pour maîtriser la fermentation.

«Je me souviens des produits que l’on nous faisait verser dans les silos. Il valait mieux ne pas en faire tomber une goutte sur les chaussures.  Sinon cela faisait de trous comme de l’acide…», raconte un éleveur.

Et puis à l’heure de la sécurité alimentaire, les produits humides dans l’alimentation des bêtes qui produisent des fromages au lait cru , à commencer par le Roquefort, ne sont plus en odeur de sainteté. A preuve, les industriels taxent de 4 centimes (de francs) le litre de lait produit par les éleveurs qui recourent à l’ensilage. Une surtaxe destinée à couvrir les frais d’analyses biologiques…

Interview  de Claude Bessou, Eleveur en GAEC à Villeneuve d’Aveyron, propriétaire d’une centaine de limousines, qui pratique l’ensilage, réalisée le 27 mai 2002 : «L’ensilage pose un problème de main d’œuvre ! »

Comment est le foin en ce printemps 2002 ?
Au début du mois, il était bon mais rare pour ceux qui l’avaient ramassé. Avec la succession d’intempéries et d’éclaircies jusqu’à la fin de mai, il a depuis connu une bonne croissance.

Remettra-t-on un jour en cause l’ensilage d’herbe pour la filière bovine ?
C’est peu probable. Avec la crise que l’on vient de vivre, on n’a pas vraiment les moyens, à contrario de certains éleveurs de brebis travaillant pour Roquefort, d’investir dans le séchage en grange qui demeure très cher (150 000 ou 1 MF). Certes, une ensileuse revient au même prix, mais nous sommes 25 à nous la partager dans le cadre d’un CUMA (Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole). On fait d’abord passer les producteurs laitiers qui recherchent de la bonne marchandise, nous les bovins viande, on peut passer un peu plus tard.

L’ensilage d’herbe a donc de beaux jours devant lui ?
En fait ce qui devient difficile avec l’ensilage c’est de trouver de la main d’œuvre. Car pour ensiler, il faut se trouver une équipe de huit :un à la faucheuse, deux aux silos, les autres dans les tracteurs remorques. Compter 5 remorques pour un chantier de 20 hectares. Or, dans les campagnes aujourd’hui, les jeunes tendent à manquer.

Et les produits conservateurs que l’on est obligé de verser dans les silos ?
Ils sont beaucoup moins nocifs qu’auparavant. Et puis, si l’on pré-fane, c’est-à-dire si on peut laisser l’herbe sécher une demi-journée au soleil avant de l’ensiler, alors on n’est pas obligé de mettre des conservateurs dans le silo.

Les veaux dont sont friands vos clients italiens, consomment-ils de l’ensilage ?
Aucun veau ne mange de l’ensilage d’herbe, on leur donne du foin et des céréales, on ne cherche pas à leur gonfler la panse…

vache