Nature

Retour de flammes

Quel été ! A se terrer dans les caves à la recherche d’une onde d’air frais. La saison touristique a été du même tonneau. La chaleur a fait peur aux visiteurs surtout en juillet. Des sécheresses, l’Aveyron en a connu mais comme celle-ci, rarement. Jamais les restrictions d’eau n’ont duré aussi longtemps. Est-ce le signe d’un basculement ? 

L’Aubrac avait la couleur d’une savane kenyane et la robe des vaches aubrac avaient pris la teinte d’une peau de lionne. Ne parlons pas du sud et des brebis n’ayant plus un brin de luzerne à mastiquer et qui ont dû être nourries au foin. 

 

A la fin septembre, le grille-pain continuait d’irradier le Sud-Aveyron. C’est 3 ha à Coupiac qui s’en vont en fumée le 17 septembre, le lendemain 16 ha à Vabres l’Abbaye.

Pas un brin de luzerne à mastiquer, les brebis lacaune devaient se battre pour leur foin.

Rien à voir toutefois avec l’incendie autour de Mostuejouls – Gorges du Tarn-Démarré le 8 août, il a été officiellement déclaré éteint le 13 septembre. Entretemps, 1360 ha sur le causse de Sauveterre et ses falaises sont partis en fumée.  

Témoignage d’un sinistré de l’incendie de Mostuejouls

Nicolas Leclercq l’a échappé belle. Ce producteur de film également bistrotier à Pigalle – il a monté le bistrot Shinjuku-Pigalle- a failli périr carbonisé avec ses deux enfants et son ex-compagne dans son domaine de 140 ha de forêt au-dessus de Mostuejouls.

Emi Takeushi et Nicolas Leclercq dans leur bistrot Shinjuku Pigalle

«Nous avions déjà été évacués 8 jours auparavant. On pensait que c’était derrière nous, quand on a vu le matin cette énorme colonne de fumée. Le vent soufflait à 70 km/h et le feu était monté par les vallées. On a juste eu le temps de sauter dans le 4X4 et s’enfuir. Le feu atteignait 1200° et malheureusement, ce jour-là, les avions Dash étaient en Gironde …» 

Ce terrain de 143 ha  acquis, il y a 17 ans, au-dessus de Mostuejouls sur les Gorges du Tarn, c’était pour cet amoureux de grands espaces et des causses en particulier une bouffée d’oxygène, l’occasion de se ressourcer. Il y venait avec ses enfants qui campaient sur place. « On était dans le minimalisme absolu. On récupérait l’eau. On avait des toilettes sèches. » 

Aujourd’hui, il y revient et sillonne sa forêt calcinée … Tout en résistant au désespoir.

« J’ai erré pendant dix jours comme un zombie dans cette forêt de cendres. Et voir une fourmi rouge apparaître ou un brin d’herbe repousser m’émerveille … Mais quand on sait qu’un arbre peut mettre 40 ans à devenir adulte, ça te rend juste conscient de ce qu’il te reste à vivre … » explique cet homme âgé de 57 ans.

« Mais j’avais déjà éprouvé le même sentiment quand je venais d’acquérir cette terre et que j’avais mon acte notarié en main tout content, jusqu’à ce que je me rappelle, que c’était dérisoire comparé à l’âge des causses quand la mer les recouvrait il y a 200 millions d’années … cela remet en place nos existences …»