Histoire et culture

La Libération de Paris vue par le Docteur Gondal

Dimanche 20 août : La Trêve
Premières heures calmes. L’église St Thomas d’Aquin est fermée. Nous allons à 10h30 à St Sulpice et pendant la messe une fusillade assez importante recommence. Agitation plus sérieuse du côté du bd St Michel et de la Cité. La journée semble devoir être particulièrement nerveuse.
Après déjeuner on apprend qu’une trêve a été conclue entre les résistants et les occupants sur « la promesse de ne pas endommager les édifices publics ».
En revenant avec Marcelle nous croisons des camions allemands armés suivis d’une voiture de la résistance agitant des linges blancs à la portière- signe d’une entente réciproque.
Quelle situation pour le moins curieuse, que la présence dans Paris de noyaux de troupes allemandes pas très nombreux en somme mais bien armés à côté de leurs ennemis non dissimulés de la résistance. Les hommes de celle-ci ont des brassards tricolores bien en vue. Et tout le monde attend tranquillement semble-t-il les Américains qui sont à l’ouest , au sud et sud est de Paris sans que personne ne puisse préciser leur situation exacte ou leur distance… Les Allemands ont-ils l’intention de se défendre ? Mystère …
Dans la soirée après dîner, la rue du Cherche-Midi à peu près seule semble exploser tout à coup de chansons de Marseillaise et de drapeaux tricolores. Cela paraît quelque peu puéril et en tout cas prématuré car on ne sait pas encore ce que sera le lendemain.

Lundi 21 août: Les Parisiens érigent les barricades
Aucun drapeau aux fenêtres : ils ne sont pas encore partis … Dès 9 h ou 10 h on commence à entendre quelques coups de feu. En passant pour me rendre à mon Dispensaire aux Gobelins des barrages de FFI m’obligent à lâcher le bd St Germain pour passer par le marché St Germain et la rue de l’école de Médecine.
Grande animation au bd St Michel où sont dressées les barricades du café de Cluny au pont. Aux environs, j’ai rencontré des enfants ou jeunes gens charriant sur des voitures à bras les sacs de sable disposés sur les paliers des maisons par la Défense Passive. Au retour en passant rue Monge et rue des Ecoles un tir assez violent fait courir la foule bd St Germain. Je remonte par la rue Champollion jusqu’au Val de Grâce et finis mon trajet par le bd Montparnasse et Raspail assez tranquilles à cette heure. Trêve complète de coups de feu pendant le déjeuner et le début de l’après-midi.
Vers 3 ou 4 heures, je pars faire sans encombre quelques visites rue de Solférino malgré quelques bruits de mitraillade.
Un bruit qui semble sérieux signale les troupes américaines à St Germain en Laye. Il semble que ce ne sont que des chars ou des blindés en reconnaissance, le gros des troupes est assez loin encore.

Mardi 22 août : Les journaux portent de nouveaux noms.

parislib2Rien de nouveau. on entend toujours des crépitements intermittents de fusils ou mitrailleuse et même des coups de canon surtout localisés vers le quartier latin. Les journaux entièrement disparus depuis 4 ou 5 jours sont vendus dans les rues avec de nouveaux noms et des formats variables : l’Officiel, Combat, Humanité, Parisien libéré … A leur lecture on apprend par des phrases enthousiastes que les FFI ont libéré la capitale qui n’attend plus que les armées américaines pour occuper pacifiquement. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une tristesse à constater cette puérilité qui frise la fanfaronnade bien peu réfléchie.
En effet si les groupes de résistance occupent la Préfecture, les Mairies etc., et tirent des coups de fusils et de revolver, les Allemands ne sont pas moins nombreux à Paris où ils se sont simplement concentrés dans des points bien gardés et fortifiés comme le Luxembourg, l’Étoile, les Invalides etc. … Et ils n’y sont pas emprisonnés car leurs patrouilles sont fréquentes et fortes dans la ville avec de gros tanks et des petites voitures blindées bourrées de soldats mitrailleuses ou fusil au poing passant sans tirer au milieu des passants blasés – sauf si quelques francs tireurs ne déchaîne une bagarre toujours possible. Dans le quartier, nous avons été heureusement débarrassés d’un poste allemand très gênant sur la place St Thomas. Ce matin, la porte était entrouverte et la guérite renversée. Au total en fin de journée l’on peut dire qu’après 3 jours et demi de guérilla la situation n’a pas beaucoup changé. Depuis le départ volontaire des services allemands et de certaines colonnes de camions effectuée la semaine passée, le groupe des SS ou autres combattants n’a pas du tout été éliminé malgré les manifestations plus ou moins ouvertes de la Résistance.