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Cent ans depuis la Guerre de 14

Cent ans depuis la Guerre en 14
(suite de l’interview de Roger Béteille)

tranchées de 14A côté des morts, il y a eu les mutilés et les gueules cassées ?
L’Aveyron n’a pas été épargné. Beaucoup de ces hommes sont rentrés de la Guerre avec les handicaps que l’on sait. Comme l’avait dit Clémenceau : « ces gens-là ont des droits sur nous ! ». On leur a donc versé des pensions qui ont été une entrée d’argent frais dans des familles aveyronnaises très peu habituées à en manipuler.
Résultat : après la guerre, la consommation a changé dans les campagnes. On a vu apparaître du café et du sucre. Ces produits ont été amenés en grande partie par les soldats qui en avaient consommé à la guerre. Et comme l’argent circulait, cela a permis leur consommation.

Justement, les pensions étaient aussi versées aux veuves ?
Les 15 000 morts aveyronnais ont effectivement laissé 9000 veuves. Le versement de la pension était subordonné au fait qu’elles ne se remarieraient pas. Donc on a eu deux attitudes. Celles qui ont pris le « risque » de se remarier et du coup, de perdre leurs pensions. Et celles qui ne se sont jamais remariées (même s’il y a eu parfois des concubinages) pour conserver leurs pensions. Beaucoup ont choisi de rester fidèles au souvenir de leur mari disparu, à une époque où la fidélité conjugale s’étendait sur toute la vie.

 

Sur le marché du mariage, le regard des femmes sur les hommes a également changé. Avant la guerre, c’était relativement simple. Soit on était pauvre, soit on était riche. On était beau ou laid. On vivait dans sa campagne et on était relativement enclavé. Après guerre, il y a eu les hommes revenus du front, indemnes – ce qu’on leur a parfois reproché- et ceux qui sont revenus nantis d’une pension. Et épouser un pensionné, ça se faisait beaucoup au lendemain de la guerre.

Vous faites d’ailleurs intervenir les « marieurs » dans votre roman ?
Ils étaient chargés de rééquilibrer le « marché du mariage » avec des situations classiques où une jeune femme épousait son beau-frère parce que son mari avait été tué. Ils avaient un rôle important dans les mariages fortement réactivé après la guerre.
Mais peut-on dire qu’il y a eu pénurie d’hommes ?
La Guerre de 14-18 a été l’occasion d’introduire beaucoup d’hommes en Aveyron. Dans le bassin de Decazeville, on connaissait depuis longtemps les « étrangers de qualité », des ingénieurs ou contremaîtres, anglais ou belges, qui encadraient la main d’œuvre locale. Mais avec la guerre, on a vu arriver dans les mines et les aciéries des ouvriers polonais et espagnols.
Dans l’agriculture, il a fallu également palier le déficit des mobilisés. Ainsi la Société Centrale d’Agriculture avait planifié une immigration. Quelques centaines de personnes sont venues travailler dans les grands domaines du Causse Comtal et des Grands Causses. Des Polonais souvent accompagnés de jeunes femmes qui étaient employées comme servantes dans les fermes. Parfois ces « femmes blondes » -comme on les appelait- épousaient des hommes du cru.
Enfin à Millau, dans les ganteries reconverties dans la fabrication des vareuses ou des brodequins, on a fait venir des ouvriers d’Espagne.

 

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