Portraits

Marie Rouanet la plume occitane s’est envolée

Marie Rouanet est décédée le 25 janvier 2026 à Saint-Affrique. Pendant des années, elle a été l’une des auteures aveyronnaises les plus populaires. Cette native de Béziers, d’abord enseignante en lettres, commença à chanter en occitan avant de passer à l’écriture. Romancière et essayiste, elle laisse une œuvre dense, foisonnante, sensorielle et gourmande d’une quarantaine d’ouvrages avec une attention particulière sur la condition féminine comme dans Les quatre temps du silence, chronique du temps qui passe écrite avec grâce et une langue sensorielle par une femme en deuil dans un village cévenol. 

L’un de ses grands succès sera  Apollonie, reine au cœur du monde  écrit avec Henri Jurquet sur le quotidien des veuves de guerre de 14-18 sur l’Aubrac. « Je suis né dans un coin ni perdu ni suspendu dans le vide mais au centre du monde. Et le centre du centre était la maison. Et le cœur vivant du centre était la femme. Pour moi, c’était Apollonie.» Ainsi commence ce livre qui explore le côté souverain des femmes sur leurs domaines où les hommes sont parfois des intrus et souvent des marionnettes malhabiles.

Marie Rouanet aimait aussi parler de nourritures. Elle avait le goût des herbes sauvages, « d’une cuisine saisonnée, » et simple faite de petits secrets culinaires pour chaque jour comme elle l’avait écrit avec son Petit traité romanesque de la cuisine . Elle ne craignait pas d’aller loin en amont jusqu’à égorger elle-même l’agneau de lait avant de touiller son sang pour façonner une sanquette.

Bien qu’écrivant en français, cette biterroise de naissance était devenue l’une des figures de proue de la cause occitane. Son mari, le poète occitan Yves Rouquette (décédé en 2015) était un acteur central de l’occitanisme, mouvement classé plutôt à gauche prêchant l’autonomie durant les années 70 et le concept de Volèm Viure au Païs   (nous voulons vivre au pays). Un slogan comme venant en écho au Gardarem lo Larzac et ses luttes contre l’extension du camp militaire du Larzac. 

Photo de l’affiche de l’expo photos à Camarès consacrée à Yves Rouquette et Marie Rouanet

Femme des causses balayés par le vent d’autan, Marie Rouanet ne mégotait pas quand il s’agissait de proclamer son amour du sud Aveyron et du rougier de Camarès. «Je me suis dépaysée de la plaine du Languedoc où j’étais née et je peux affirmer que je suis d’ici.» déclarait-t-elle. A l’heure de l’IA et des réseaux sociaux, il est peut-être venu le temps de couper le mobile et de la lire (ou relire) pour entendre respirer une terre qui n’a pas encore rendu son dernier souffle même si les sonorités occitanes se sont un peu estompées ces derniers temps.