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Quatre générations de bougnats dans le quartier Saint-Germain-des-Prés au Café du Métro

“Racontez votre maison…” Le Café du Métro, 67 rue de Rennes, Quatre générations de bougnats dans le quartier Saint-Germain-des-Prés

C’est une histoire très parisienne et aveyronnaise qu’a choisi de raconter l’historien Jean-Pierre Duquesne dans le bulletin de la Société historique du
VI e arrondissement de Paris*. Celle d’un café de Germain-des-Près tenu dès sa naissance par des Aveyronnais qui se sont passés le témoin au fil des générations. C’est ainsi un petit bout d’histoire de Paris qui défile. Et ce n’est pas triste !

Le voyageur qui gravit les marches de la station de métro Saint-Sulpice débouche sur l’un ou l’autre des deux cafés qui occupent les angles nord-est et sud-est du carrefour entre les rues de Rennes et du Vieux-Colombier, Le Vieux Colombier et Le Café du Métro. Si les deux ont été ouverts à peu près à la même époque, au début du XXC siècle, le second présente l’originalité d’appartenir depuis quatre générations à la même famille. Sa propre histoire illustre assez fidèlement celle du quartier. De quoi nous inciter à vous la raconter ici.

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Aquarelle d’un porteur d’eau par le peintre André Villaret

À l’origine de cette saga, on ne sera guère étonné de trouver deux «Auvergnats». Dès le XVIIe siècle on trouvait à Paris des Auvergnats pour les travaux durs et fatigants que les gens de la capitale boudaient. C’était le cas des porteurs d’eau, alors que les habitations ne disposaient pas de l’eau courante. Des bornes-fontaines publiques fournissaient une eau de qualité incertaine, provenant de la Seine ou du canal de l’Ourcq (lancé sous le Premier Empire et terminé sous la Restauration), et élevées grâce aux pompes de Chaillot et d’Austerlitz. La situation change rapidement au milieu du XIXe siècle, dans le sillage des grands travaux du baron Haussmann sur son impulsion l’ingénieur Eugene Beigrand lance un ambitieux programme d’adduction d’eau en provenance principalement des affluents de la Marne et de l’Yonne2. Les immeubles étant progressivement raccordés au nouveau réseau, les Auvergnats doivent s’adapter. Puisque la demande en eau froide diminue, on proposera de l’eau chaude Ce sera ainsi la première activité parisienne de Marcelin Cazes, futur propriétaire de la brasserie Lipp, dans le VIe arrondissement.

Certains fournissent même la baignoire… Mais le progrès ne s’arrêtant pas, l’eau chaude parvient à son tour dans les appartements parisiens. Manifestant à nouveau un bel esprit d’entreprise, les Auvergnats se reconvertissent progressivement dans la distribution du charbon. Il faut se souvenir que le Massif Central est à la fin du Second Empire la première région productrice de charbon en France citons les mines de Brassac, Decazeville, Carmaux …. La distribution du charbon l’hiver constitue d’ailleurs une activité complémentaire idéale à celle de l’eau l’été, la demande étant inversée. S’impose bientôt le besoin d’avoir une boutique pour accueillir la clientèle et un local pour entreposer le charbon : les Auvergnats commencent à sédentariser leur activité, ils vont avoir pignon sur rue. On les appelle «bougnats», abréviation du mot charbougna «en patois auvergnat, c’est-à-dire charbonnier. Leur clientèle fréquentant régulièrement leur boutique, ils ne tarderont pas à développer une nouvelle activité, la vente du vin.
Aujourd’hui, même si beaucoup de cafés parisiens ont changé de main, la communauté des cafetiers aveyronnais est toujours bien présente.

*Fondée en 1898, la Société Historique du VIe a pour objet d’étudier l’histoire et le patrimoine du VIe arrondissement de Paris. Dans ce but, elle se propose d’organiser des conférences, des visites ou des promenades, de publier un bulletin, d’entretenir une documentation et, d’une manière générale, de favoriser la recherche, la conservation et la mise en valeur de l’histoire et du patrimoine de l’arrondissement. Elle organise des conférences mensuelles confiées à des personnalités reconnues, qui peuvent être choisies parmi ses membres. Le texte de ces communications est publié dans un Bulletin annuel envoyé à chaque membre à jour de sa cotisation.
En savoir plus sur le site internet. http://www.sh6e.com/

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