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Le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, un grand Saint pour l’Aveyron et pour le monde

Le souffle de l’Esprit Saint

La brise légère de l’Horeb souffle sur Elie ; dans l’Evangile, l’Esprit souffle où il veut ; et pourtant, la Troisième Personne de la Trinité, n’étaient le Père Marie-Eugène et les récents développements théologiques, fait un peu figure de parent pauvre dans l’étude et la dévotion. Il revient au Père Marie-Eugène l’immense et merveilleux mérite d’avoir vécu et pensé “sous les yeux” et en parfaite communion avec l’Esprit Saint, son “grand Ami”, comme il pouvait le
dire familièrement. La spiration fut sa respiration et son inspiration:”Tout le monde a remarqué probablement que quand je parle de l’Esprit Saint,
ordinairement, je m’enflamme assez facilement… Je l’appelle “mon ami” et je crois que j’ai des raisons pour cela. Toute ma vie a été un petit peu basée sur la connaissance, sur la découverte de l’Esprit Saint. Il en a été ainsi au début de ma vie religieuse et en plusieurs circonstances où je crois avoir été saisi par l’Esprit Saint d’une façon vigoureuse, d’une façon absolument
certaine. Un jour même je croyais bien que j’allais mourir.”

Et cet aveu de taille : “Quand j’ai écrit Je veux voir Dieu, c’était pour montrer le rôle de l’Esprit
Saint.” Cela suffirait à faire de cette somme un ouvrage fondamental. Sous la motion de l’Esprit, le baptisé prie et agit dans la joie de la liberté aimante, délivré d’un légalisme stérile. Le Paraclet enseigne, vivifie, justifie par la grâce. Consumé par cette “vive flamme d’amour”, le Père Marie-Eugène en partagea l’intimité.”L’Esprit Saint est près de moi, il est en moi. Je puis le considérer, le regarder. Je puis avoir des relations avec lui. Et ce qu’il y a de prodigieux, c’est à moi de réaliser cette présence objective. Tant que je n’ai pas fait l’acte d’amour et l’acte de foi pour l’atteindre, ce n’est qu’une possibilité pour moi, sa présence reste d’immensité active. Il faut que je fasse un acte, il faut que je crée le lien. Voilà la présence en moi de l’Esprit Saint, voilà la présence objective.”

Le plérôme Plérôma, en grec, désigne la plénitude. Le Dr Freud eût traduit par fantasme ou par illusion, au choix. Naturellement – ou plutôt surnaturellement – il n’en est rien. Dans le Christ, la plénitude (l’absolue totalité dans l’unité) de la réalité divine et salutaire nous est communiquée, de manière à ce que nous soyons, à terme, “tout en tous” (1 Co 15, 28.) Mystique, le Père Marie-Eugène ressentait et vivait passionnément ce désir d’union à Dieu (union
transformante) et d’unité dans le Christ total, ut sint unum. Le Corps de l’Eglise (Tête et Membres) est un, comme la vision béatifique unit les élus à la Trinité dans l’Eglise triomphante.

“… C’est la prière
où se résument tous mes désirs,
c’est le but de toute ma vie:
entraîner les âmes dans l’union et dans l’unité.”Qu’ils soient un comme nous sommes un.”O Jésus,
inspirez à nos âmes ce même désir…cet unique désir…
Nous travaillons par divers moyens
à ce but unique
d’entraîner les âmes vers l’union profonde avec vous.”

La belle gueule du Père Grialou respire l’Aveyron. Il a tout du paysan rouergat: les traits, la stature solide, la silhouette, le caractère bourru à l’occasion, le sourire même. Ceux qui l’ont connu le décrivent comme un “homme de la terre” au discours imagé, son béret vissé sur le crâne. Selon Georges Hubert, “ses origines rurales lui avaient donné le sens du concret”, d’où ses talents d’organisateur. Jeune, son “accent aveyronnais si tranché” lui causa quelques déboires; néanmoins, il n’abandonna jamais cet “accent rocailleux” et se souviendra, comme pour lui-même, que “Le saint ne monte pas les escaliers sans toucher les marches… Il monte avec ses sabots!” Un littéraire (le Père admirait Flaubert) ne manquera pas de rapprocher cet
éternel curé de campagne aveyronnaise des personnages bernanosiens: abbé Donissan pour l’héroïsme, curé d’Ambricourt pour la sainteté. Mgr Guy Gaucher, qui s’y connaît, considère le Père Marie-Eugène comme “un grand charismatique, dans le sens où il a toujours été à l’écoute de l’Esprit Saint et (…) a obéi à ses inspirations.” D’autres assurent qu’il fut “le Jean de la Croix du vingtième siècle” tant sa paternité spirituelle féconda et nourrit les coeurs.Comme Jean-Henri fabre, et très mystérieusement, son destin le mena loin de la petite patrie rouergate pour vivre et reposer, à quelques kilomètres de distance l’un de l’autre, dans un coin du Vaucluse…

Rémi Soulié

L’essentiel de cet article doit beaucoup à quatre livres :
Georges Huber, un témoin de la foi, le père Marie-Eugène, édition Médiaspaul, 1994
Raymonde Reygue, Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, maître sprirituel pour notre temps, Editions du Carmel, 1978
Ouvrage collectif : Je veux demander pour vous l’Esprit-Sain, Editions du Carmel, 1992
Ouvrage collectif : Pour lire, je veux voir Dieu, Editions du Carmel, coll.Vive Flammes, 1999

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