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Le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, un grand Saint pour l’Aveyron et pour le monde

Henri Grialou anime un patronage de jeunes filles à la cathédrale de Rodez. Ses supérieurs remarquent avec admiration sa maîtrise et l’étendue de ses dons. Marie Grialou, elle, renâcle. Elle craint de perdre ce fils tant aimé. Avec ses gros sabots, on l’entend venir de loin: elle accepterait bien la prêtrise de son fils, mais à condition de finir ses jours auprès de lui, dans une paroisse rurale du département. Date capitale: le 13 décembre 1920, alors qu’Henri est en retraite de sous-diaconat, il lit un Abrégé de la vie de saint Jean de la Croix, par le P.Alfred Parent. Il a la certitude que Dieu le veut au Carmel: “Je crois que je deviens fou!…”

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“Au fond de mon âme, c’est avec saint Jean de la Croix que je vis.” Cette conversion subite, à la suite d’une lectio divina, rappelle une autre grande âme du Carmel, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, née Edith Stein, transformée après la lecture de la Vie de sainte Thérèse d’Avila. Henri reçoit le sacrement de l’Ordre le 4 février 1922, dans l’ancienne chapelle du Grand Séminaire de Rodez. Par dépit amoureux, madame Mère n’assiste pas à la première messe de son fils inique. Il célèbre sa deuxième messe au sanctuaire marial de Ceignac là même où Marie Grialou _ jouez ici avec les anagrammes _ l’avait emmené prier la Vierge, petit enfant, alors qu’il ne marchait pas, là même où, miraculeusement, il fit ses premiers pas. Le jeune prêtre célèbre peu après une messe à Valzergues, en mémoire de sa grand-mère maternelle puis, le 12 février, sa première messe en l’Église du Gua. Il quitte ensuite son pays et sa famille pour entrer dans l’Ordre des Carmes Déchaux, au couvent d’Avon, près de Fontainebleau. Les travaux que nous avons consultés rapportent un bref séjour du Père au Carmel de Villefranche-de-Rouergue, l’essentiel de ses pérégrinations l’ayant mené partout dans le monde afin de poursuivre sa grande œuvre, son “livre ouvert”, comme il disait, la fondation de l’Institut Notre-Dame de Vie, en 1932, à Venasque, dans le Vaucluse, son “livre fermé”, Je veux voir Dieu, somme de théologie mystique, en étant le deuxième volet, paru en 1949. Nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de sa publication.

Sainte Thérèse de Lisieux, cloîtrée, patronne les Missionnaires; Marthe Robin, clouée sur son lit, fonde soixante-cinq Foyers de Charité dans le monde entier. Dieu écrit droit en lignes courbes, dit-on. “Action et contemplation bien unies”, comme le Père Marie-Eugène le prescrivait une dernière fois à ses disciples avant de mourir, voilà le leitmotiv de sa pensée et de sa vie. La coïncidentia oppositorum n’effraie pas les spirituels. Ils savent que le paradoxe et l’oxymore _-je renvoie à tous les écrits mystiques, à Pascal en particulier- sont la rhétorique de Dieu dont la raison aimante échappe à la raison naturelle, plus encline à la dialectique depuis le péché originel.