Politique

L’Aveyron de Jean Puech, interview

Voilà près de 28 ans que vous présidez le Conseil Général de l’Aveyron. Quelle est la réalisation dont vous vous sentez le plus fier ?
«Il y a d’abord le travail quotidien pour accompagner le développement du département et mettre en œuvre les solidarités. C’est le cœur du métier du Conseil Général, la partie la moins visible de son action mais qui reste le pivot de sa mission. Il y a les collèges, les routes, Micropolis, le Larzac templier et hospitalier, les thermes de Cransac, l’équipement en techniques de communication et d’information…
Ce sont quelques exemples d’un Aveyron qui cultive la générosité et l’audace. C’est la fierté partagée de tous les Aveyronnais de le construire jour après jour avec des objectifs clairement identifiés dans le projet de développement Aveyron 2011. Je ne peux conduire cette action que parce que la confiance des Aveyronnais m’est renouvelée très démocratiquement, tous les trois ans. C’est l’honneur des élus. C’est mon honneur.»

puech1N’avez-vous pas le sentiment que l’on vit une époque où les conflits d’intérêt deviennent de plus en plus sensibles ?Ainsi de l’agriculture aveyronnaise et du tourisme. L’augmentation des cheptels et la réduction du nombre d’agriculteurs liées à la concentration des exploitations aboutissent à la construction des bâtiments agricoles de plus en plus massifs et pas forcément esthétiques dans le paysage aveyronnais. On pourrait aussi évoquer la disparition des truites dans certaines rivières. Vous qui êtes un élu rural comment abordez-vous ces problématiques – que l’on voit émerger également avec les éoliennes – surtout à partir du moment où l’image de nature sauvage et préservée de l’Aveyron est celle qui prédomine dans l’opinion publique et qui justifie une bonne part de son tourisme.
«Votre question est dense et mériterait une réponse d’une longueur sans doute incompatible avec le mode de communication que vous proposez.
Je fais donc court.
L’Aveyron n’a pas vocation a être une terre sans hommes. Les activités économiques doivent y trouver toute leur place. Et l’agriculture en premier lieu. L’économie, partout, est génératrice d’équipements qui, si l’on n’y prend pas garde, peuvent rompre les équilibres. Il est indispensable de se montrer vigilant car il ne faut pas, en effet, que des conflits d’intérêt aboutissent à des antagonismes ravageurs. Il y a en Aveyron de la place pour tous.
Les questions que vous soulevez doivent trouver des réponses dans le dialogue, la concertation. C’est l’affaire de chacun. Le Conseil Général ne peut pas tout faire, il ne veut surtout pas tout faire. Mais il est de son rôle de prendre des initiatives. C’est ce qu’il a décidé en mettant, par exemple, des moyens financiers afin d’intégrer les bâtiments dans les sites. C’est ce qu’il entreprend dans le domaine de l’eau.
L’eau est une richesse extraordinaire mais fragile. Le Conseil Général vient de lancer un grand projet afin que la question de l’eau soit traitée dans la totalité de son cycle, de la source aux rejets.»

Compte tenu du coût de sa réalisation, la baisse de fréquentation de Micropolis, qui semble avoir du mal à attirer du public au-delà des départements mitoyens n’est-elle pas une épée de Damoclès pour les finances du Département ?
“Vos interrogations ne portent sur aucune donnée chiffrée. Vous ne dîtes pas. Vous laissez entendre. Moi, dans ce débat, je souhaite que l’on puisse dire, comparer et les coûts de réalisation et les fréquentations. Je souhaite que les médias fassent leur travail complètement. Combien certes pour Micropolis mais aussi combien pour Cap Découverte à Carmaux ? Combien pour la Cité de l’Espace à Toulouse ou le pont du Gard pour ne citer que les grands équipements voisins de Micropolis ?

micropolisQuels sont actuellement les sites qui pèsent le plus financièrement à la collectivité ?
Micropolis est aussi un choix d’aménagement du territoire au cœur du Lévézou. La fréquentation de la cité des insectes est bonne. L’équipement évolue, s’enrichit.
Je suis fier de Micropolis”.

Le cumul des mandats et la concentration des pouvoirs que l’on observe souvent s’agissant des sénateurs et présidents de conseils généraux mais également la longueur des mandats sénatoriaux ou le renouvellement par moitié des conseillers ne renforce-t-il pas dans l’opinion publique l’idée d’une « classe politique » éloignée des réalités ?
“J’ai toujours été contre le cumul des mandats. Et pourtant j’ai été un cumulard ! Mais le système hyper-centralisé de la France n’a pas donné de choix aux élus locaux. Pour être entendus et écoutés, ils étaient obligés de faire le lien entre la province et Paris où se prenaient toutes les décisions.
Les choses changent même s’il faudra toujours assurer la liaison entre le local et le national.
La loi sur le non cumul a été une première réponse à une légitime exigence des Français et une première harmonisation avec ce qui se pratique dans d’autres pays de l’Union Européenne.
Les Français, contrairement à ce que vous avancez, n’ont pas le sentiment que les élus locaux sont coupés des réalités. C’est même exactement le contraire.
Les faits sont têtus, y compris face à des affirmations gratuites savamment distillées par les partisans d’un centralisme fort et de la toute puissance parisienne des hauts fonctionnaires.
Mais, surtout et cette fois sur le fond, l’acte deux de la décentralisation change la donne. L’important transfert de compétences en direction des départements et des régions va permettre à un élu d’être efficace sans multiplier les casquettes.
En ce qui concerne l’élection des conseillers généraux, j’ai moi-même proposé un renouvellement global des assemblées départementales il y a tout juste un an. Le vote bloqué de la loi sur les modes de scrutin n’a pas permis à cet amendement d’être retenu. La question reviendra sans doute à l’ordre du jour.”

Le fait que votre épouse soit en position d’éligibilité sur la liste UMP pour les régionales conduite par Jacques Godfrain avec lequel vous vous êtes longtemps mal entendu n’est-il pas de nature à renforcer la désillusion de certains citoyens aveyronnais vis à vis des politiques ?
“C’est vous-même qui, par de telles affirmations péremptoires et par des commentaires qui ne reposent sur rien, entretenez des problèmes de personnes qui n’ont pas lieu d’être. Restons sur les faits. Ecoutez ce que je dis. Relisez ce que j’ai écris. Vérifiez ! Vous ne trouverez pas trace du type de comportement que vous mettez en avant. Donc, il est des questions qui ne m’intéressent pas. Ce n’est pas dans ma façon d’aborder la politique.
En ce qui concerne Danièle Puech, elle est élue depuis 23 ans. Vous semblez découvrir ses engagements dans la vie publique. Ils s’inscrivent dans la durée. Assez pour qu’un observateur du monde politique aveyronnais ne puisse pas ignorer cette évidence. Quant à la soit disant désillusion des Aveyronnais vis à vis des politiques, ils y apportent une réponse claire à chaque consultation. L’Aveyron est constamment dans le peloton de tête des départements pour la participation”.